François VILLON, Épitaphe Villon (Ballade des pendus)

Composée en 1463

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les cuers contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous povres avez,
Dieu en aura plus tost de vous mercis.
Vous nous voiez cy attachez cinq, six :
Quant deQuant de. - Quant à. la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieçaPieça. - Depuis longtemps. devorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Se freres vous clamonsSe freres vous clamons. - Si nous vous appelons frères., pas n'en devez
Avoir desdaing, quoy que fusmes occis
Par justiceOccis par justice. - Mis à mort par décision de justice.
. Toutesfois, vous sçavez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis ;
Excusez-nous, puis que sommes transsisTranssis. - Morts, trépassés.,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grace ne soit pour nous tarie,
Nous preservant de l'infernale fouldre.
Nous sommes mors, ame ne nous harieAme ne nous harie. - Que personne ne nous tourmente. ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

La pluye nous a debuez et lavezDebuez et lavez. - Lessivés et lavés.,
Et le soleil dessechiez et noircis ;
Pies, corbeaulx, nous ont les yeux cavezNous ont les yeux cavez. - Nous ont creusé les yeux.,
Et arrachié la barbe et les sourcis.
Jamais nul temps nous ne sommes assis ;
Puis ça, puis la, comme le vent varie,
À son plaisir sans cesser nous charieNous charie. - Nous pousse, nous fait bouger.,
Plus becquetez d'oiseaulx que dez a couldre.
Ne soiez donc de nostre confrairie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !

Prince Jhesus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie :
À luy n'ayons que faire ne que souldreÀ luy n'ayons que faire ne que souldre. - N'ayons rien à faire avec lui, ni rien à lui payer. .
Hommes, icy n'a point de mocquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre !





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