• Une lettre de LA BRUYÈRE à Mme de LAFAYETTE (Extrait)

Esquisses et premiers Jets


Divagaisons



"Gloire à vous, gens de lettres."

Madame EUGÈNE (Fleuriste funéraire), Harangue proférée un 1er avril sur la tombe retrouvée de Johannes Gutenberg



On a pu voir au chapitre de Boileau et ses pairs que La Bruyère prêta sa plume, quelquefois, à Mme de Lafayette. Ajoutons ici qu’il lui donna de sages conseils quand elle se piqua d’écrire des romans. Une lettre qu’il lui adressa au sujet de sa Princesse de Clèves nous renseigne avantageusement sur la création littéraire telle qu’on la pratiquait en ce temps-là.

 

(…)

Vous trouverez ici, madame, deux mots de dissertation sur le cas qui vous persécute l’esprit et dont je me suis fait fort de lever les principales difficultés. C’est à savoir s’il est de mise qu’un amant dérobe le portrait de la dame qu’il poursuit sans qu’on devine l’usage qu’il en voudra faire dans la suite du roman. Mon avis est qu’il faut empêcher cela, sous peine de donner au lecteur l’occasion de croire qu’un tel amant par trop fripon ne mérite en rien qu’on l’estime. Ou, si vous préférez, que la dame lui devrait faire administrer quelque cuisante correction par les soins dévoués d’un zélé serviteur. Songez alors, si la chose advient dans le premier chapitre, combien vous peinerez à faire ceux qui suivent sans que le lecteur se défasse du dégoût qu’il aura pris pour votre héros. Je ne saurais trop vous recommander de placer, dans l’une ou l’autre phrase précédant l’épisode, quelque chose qui dise qu’il en souhaite orner le manteau de sa cheminée, ou qu’il désire le porter sous son pourpoint à l’endroit même où lui bat le cœur, et non qu’il se propose d’en tirer quelque argent en le donnant à exposer dans la boutique d’un maraud d’antiquaire. Au reste, vous veillerez à ce que la dame ne s’aperçoive de rien, ou si elle devine quelque chose, tâchez qu’elle en soit alarmée au point de défaillir, et donnez à votre héros le temps de s’en faire mille et mille reproches. Vous nous le rendrez pitoyable, et nous lui remettrons le petit péché dont il se sera bien étourdiment chargé la conscience. (…)





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