Tancrède MARTEL

1857-1928






Voir la Notice biographique donnée par Joseph Uzanne dans les Figures contemporaines, Album Mariani, 1894.

Candidat à l'Académie Française en mai 1918, Tancrède MARTEL obtient 3 voix, contre 5 à Pierre MILLE et 19 à Jules CAMBON.



Voici un Parisien de Provence devenu, il y a quelque trente ans déjà, un Provençal de Paris. De sa belle Méditerranée, il a apporté la verve savoureuse, la couleur du style, l'amour des formes pures et l'enthousiasme lyrique. À Paris, il a gardé cet humour et ce sourire qui n'est pas le moindre charme de son talent.

      Très jeune, M. Tancrède MARTEL sentit souffler le vent de l'Épopée. Son grand-père, officier de Napoléon, le grisa de récits héroïques et il n'est pas étonnant qu'il ait placé ensuite le sujet de deux romans au temps de la légende de l'Aigle. Lazare Gras, son autre aïeul, est ce célèbre marin qui commanda le Saint-Roch, après 1830, et fut intendant sanitaire du port de Marseille. On voit que le romancier descend d'une noble lignée militaire.

      Beaucoup de Parisiens lettrés ont rencontré M. Tancrède MARTEL dans les rues de Paris, le regard distrait sous le binocle, songeant au livre en préparation, mais ses intimes seuls connaissent le charme de ces causeries pailletées où il excelle, ont goûté le mouvement de ces récits où il met tout le feu de son âme. Ils n'ont pas oublié cette histoire vécue qu'il leur conta sur son grand-père. On y voyait Napoléon, le petit homme si grand, se servir de l'épaule du géant de la Grande Armée pour appuyer sa lorgnette, et la frappant d'une main amicale ; cette épaule devenant sacrée pour le soldat ainsi honoré, qui ne voulut plus la laisser souiller d'aucun autre contact. Ce beau fanatisme trouvait dans Tancrède MARTEL un narrateur ardent que ses romans et ses contes font deviner, mais dont ses amis entendent la voix vibrante sous l'abstraction des pages écrites.

      Après de fortes études classiques dans sa ville natale, Tancrède MARTEL, sollicité par une impérieuse vocation littéraire, vint à Paris et débuta par les Folles Ballades, qui lui valurent l'estime, l'encouragement et l'amitié de Victor Hugo, de Banville et de J. Richepin. En même temps, le jeune poète se révélait comme conteur et comme romancier. Son souple talent s'affirma en mainte fantaisie délicate, en mainte nouvelle brillante dans les journaux les plus littéraires. Érudit, nourri d'histoire et d'art, ses œuvres se distinguent par une grande puissance d’évocation. Signalons cette exquise Blancaflour, histoire de guerre et d'amour où revit la période la plus tragique et la plus mouvementée du moyen âge. À quels gestes hautains, à quel rare et héroïque dévouement l'amour peut conduire un homme, l'habile romancier nous le conte dans ce livre de soleil et de sang qui a pour cadre principal la Cour des Papes d'Avignon.

      Qui n'aimerait aussi le Prince de Hanau, ce roman historique et anecdotique, et ce récent Loin des autres, remarquable étude de moeurs parisiennes et dramatique histoire d'un double amour né dans des circonstances exceptionnelles.

      Le style si coloré de Tancrède MARTEL donne à ses fictions un air pittoresque de ballades en prose. C'est un profond psychologue, un délicat et parfois truculent imagier, et son Afrancesada où luisent des escopettes et où brillent des yeux, est un joli roman d'amour et d'aventures, dans l'Espagne insurrectionnelle de 1808. Le héros, brillant officier de cavalerie francaise, est sauvé des balles des guerillas par le dévouement d'une noble héritière espagnole.

      M. Tancrède MARTEL traite le roman d'histoire avec une maîtrise qui n'a d'égale que son talent dans le théâtre en vers. Les pièces qui s'intitulent : Alfred de Vigny, Deux Amis, Au Palais Cardinal, permettent d'espérer qu'il s'affirmera, — et c'est M. Jean Richepin qui parle ici, — sur un théâtre subventionné comme un de nos meilleurs dramaturges en vers. L'Odéon ou la Comédie-Française nous donneront bien, un jour prochain, cette Délicia en cinq actes, dont les amis du poète nous disent merveille. Et, plus tard, ne pourrait-on pas songer, pour cet homme distingué, pour ce vaillant écrivain, à un fauteuil de l'Académie ?


      



      Tancrède MARTEL, poète, romancier et auteur dramatique, né à Marseille, en 1856. Débuta dans les lettres sous les auspices de Banville et de Richepin.

      Poésies : Les Folles Ballades, 1 volume (1879) ; les Poèmes à tous Crins, 1 volume (1887).

      Romans et contes : L'Homme à l'Hermine (roman), 1 volume (1887) ; la Parpaillote (roman), 1 volume (1888) ; la Main aux Dames (contes), 1 volume (1886) ; Paris Païen (contes), 1 volume (1886) ; le Prince de Hanau (roman), 1 volume (1907) ; Blancaflour (roman), 1 volume (1908) ; Loin des autres (roman), 1 volume (1908) ; la Tant aimée du Roi (roman), (1909) ; L'Afrancesada (1909) ; Rien contre la Patrie (roman), 1 volume (1910) ; Mémoires et Œuvres de Napoléon (1910).

      Théâtre : Alfred de Vigny, un acte en vers (Odéon), (1897) ; Pierrot préfet, trois actes en vers (Bodinière), (1898) ; Bérénice et Corneille, un acte en vers (Odéon), (1898) ; Deux Amis, un acte en vers (Comédie-Française), 1 volume (1899) ; Au Palais Cardinal, un acte en vers (Comédie-Française), 1 volume (1908).

      En 1905, l'Académie française lui a décerné un prix Monbinne pour l'ensemble de ses œuvres. Chevalier de la Légion d'honneur, le 12 janvier 1909.

Joseph Uzanne, Figures contemporaines, Album Mariani, 1894





Laisser un Commentaire

Pseudo

Email

Commentaire

Voir tous les Commentaires



Retour


Les Folles ballades

Tybalt

© Gabkal.Com