Albert MÉRAT

1840-1909






Voir la Notice biographique donnée par Joseph Uzanne dans les Figures contemporaines, Album Mariani, 1894.



C'est dans le cadre de ce clair Luxembourg, aimé de Rubens et de Watteau, vis-à-vis la belle fontaine de Marie de Médicis, à l'un des étages les mieux situés du Palais de Jacques de Brosse qu'habite Albert MÉRAT. Charmant logis de poète ! Les pinsons et les ramiers y viennent voleter et roucouler près des fenêtres et l'œil enchanté aperçoit, derrière les pelouses et les bosquets, les bustes enguirlandés de Murger et de Banville. — Albert MÉRAT, l'un des poètes les plus doués de l'école Parnassienne, a succédé au Sénat, à la belle suite des bibliothécaires : François Coppée, Anatole France, Leconte de Lisle, Lacaussade, Ratisbonne ! C'est dire quelle tradition Albert MÉRAT poursuit dans le sévère palais hanté encore, à certaines heures, des ombres gracieuses de Segrais et de Mademoiselle.

      De la génération abondante et si talentueuse des Mendès, des Silvestre, des Hérédia, des Soulary, etc., l'écrivain adorable d'Au fil de l'eau et des Poèmes de Paris débuta dans les lettres, vers 1863, en publiant, avec le regretté Léon Valade Avril, Mai, Juin, un recueil printanier de poésies. À peine avait-il vingt-six ans, à peu près au temps où Sully Prudhomme publiait Stances et Poèmes et François Coppée son Reliquaire, qu'Albert MÉRAT s'affirmait, avec un volume nouveau : Les Chimères que l'Académie couronnait et que Sainte-Beuve, au déclin d'une glorieuse vieillesse, apprécia publiquement comme il convenait.

      Poète de la femme, Albert MÉRAT l'a délicieusement chantée dans L'Idole, les Souvenirs, l 'Adieu, Chansons et Madrigaux. Les Villes de Marbre puisent leur noble inspiration à tous les beaux souvenirs de la vieille Italie. Ce n'est pas seulement, comme on a voulu le dire, en rêvant sous les Fenêtres fleuries parisiennes mais encore en promenant ses méditations dans les beaux jardins Boboli de Florence ou les bosquets odorants de Rome que le poète a trouvé le secret de ces vers musicaux, où semble bruire le chant de la cigale antique. Ah ! le joli itinéraire qu'accomplit, dans les Villes de marbre, au pays de Virgile, d'Horace et de Boccace, M. Albert MÉRAT. Venise, Naples, Rome le charment et le retiennent. « À Venise, dit M. Emmanuel des Essarts qui l'a si bien compris, ce sont les marbres roses, les vierges peintes, les chevaux de St-Marc et la teinte verte des ciels qu'il reproduit excellemment. À Rome, les fontaines le charment, le Mercure du Vatican le ravit... Florence est peut-être sa plus délicate inspiratrice. C'est le paysage toscan, c'est le flot de l'Arno, c'est le vieux palais plein de Dante qui lui dictent des pages d'une couleur parfaite et d'une adorable harmonie.» Mais ne le retiennent pas toujours les sites de la campagne romaine, la baie napolitaine, le ciel si pur de Venise. Ce petit-fils de Ronsard et de Belleau porte au cœur les souvenirs familiers de Paris et de l'Ile de France. Comme Montaigne, il pourrait dire sans se parjurer : « J'aime bien ma ville." Il l'aime, en effet, sous les aspects les plus divers de ses quartiers, avec un cœur filial et attendri. Il en célèbre les rues et les maisons, les jardins pleins d'oiseaux et d'enfants, les promeneuses et les passantes. Les sites de la banlieue l'attirent comme ils attirèrent le Musset de Mimi-Pinson, le Victor Hugo des Chansons des rues et des bois. «Mieux qu'aucun autre, dit M. Catulle Mendès, Albert MÉRAT célèbre cette nature si spirituellement artificielle ; il dit tous les mystères à deux voix qui chuchotent sous les cerisiers de Montmorency ; il sait voir le côté d'élégance et de poésie des dimanches à la campagne et grâce à son art tour à fait charmant, les Asnières et les Meudon qu'il célèbre sont dignes d'une oaristys.»

      Ainsi le prouvent : Printemps passé, Poèmes de Paris, Au Fil de l'eau, Triolets des Parisiennes de Paris, Camées parisiens et toutes autres œuvres ingénues, si fraîches, si piquantes, d'une force de jeunesse souple et durable.

      L'œuvre d'Albert MÉRAT restera ; elle a sa place marquée dans les anthologies des meilleures poésies de la seconde moitié du XIXe siècle.

      Le poète, au demeurant, est doublé d'un causeur avisé, plein de verve et d'esprit, c'est un ami affable et sûr, se réjouissant du succès des autres et dont la vie littéraire est tout entière d'une haute et irréprochable tenue. Sa muse, comme celle de Léon Dierx, à qui nous pouvons le comparer pour la bonté du cœur et pour la beauté de l'œuvre, vibre éternellement à toutes les formes de l'Art. « Aile et ramage de fauvette", comme a dit d'elle un poète.



      




MÉRAT (Albert), poète français, né à Troyes, le 23 mars 184O. Débute en 1863, par un volume de sonnets, Avril, Mai, Juin, en collaboration avec Léon Valade, avec qui il devait, quelques années plus tard, donner une traduction de l'Intermezzo, de Heine. Attaché aux bureaux de la Présidence du Sénat où il occupa, successivement, les postes de secrétaire, de sous-chef, enfin de bibliothécaire. M. Albert MÉRAT n'a cessé de publier une série de volumes remarquables : Les Chimères, qui obtinrent, à l'Académie Française, le prix Maillé Latour Landry (1866) ; l'Idole, sonnets (1869) ; Les Souvenirs, sonnets (1872) ; L'Adieu (1873) ; Les Villes de marbre, poésies couronnées par l'Académie Française (1873) ; Printemps passé, poèmes parisiens (1874) ; Le Petit Salon en vers (1876-1877) ; Au fil de l'eau, poésies (1877) ; Poèmes de Paris (1889) ; Vers le Soir, poésies couronnées par l'Académie Française (1900) ; Triolets des Parisiennes de Paris (1901) ; les Joies de l'heure (1902) ; Chansons et Madrigaux (chansons, madrigaux, camées parisiens (1902) ; Poésies complètes : Les Chimères, l'Idole, les Souvenirs, les Villes de marbre. Vers oubliés pour paraître incessamment. Ensuite viendront : Épigrammes où la verve satirique du poète se révélera et étonnera, Triolets, Petites pièces. Pour les lettres. M. Albert MÉRAT est chevalier de la Légion d'honneur.

Joseph Uzanne, Figures contemporaines, Album Mariani, 1894






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