Clovis HUGUES

1851-1907






Voir ci-dessous la Notice biographique donnée par Joseph Uzanne dans les Figures contemporaines, Album Mariani, 1894)


LA MORT DE CLOVIS HUGUES

Clovis Hugues est mort hier matin à sept heures. Il était alité depuis deux mois et son état de faiblesse extrême était aggravé par un asthme chronique. Clovis Hugues venait d'être nommé conservateur de la bibliothèque Thiers dont les journaux ont tous parlé. C'était une figure originale. Il avait réalisé ce tour de force d'unir la poésie à la politique. Au 4 septembre, il fut un des premiers à proclamer la République et porta le drapeau rouge à la tête des insurgés marseillais qui s'emparèrent de l'Hôtel de Ville. Enfin, en 1871, il fut de ceux qui proclamèrent la Commune et il risqua d'être fusillé. Il fut député socialiste de Marseille et de Paris. Dans les derniers temps de sa vie, il s'était retiré de la politique.
(L'Humanité, 12 juin 1907)


Montmartre, voisinant avec le Moulin de la Galette, en une gaie maison ensoleillée quand vient l'avril, le poète Clovis HUGUES compose l'harmonieuse musique de ses vers. Le cabinet de travail, — égayé par les paysages que le spirituel conteur s'amuse à peindre d'un pinceau verveux et facile, — est encombré par des revues bleues, jaunes, vertes, etc., etc. C'est que ce romantique à tous crins, — et il en a encore une épaisse forêt, — ce romantique est l'esprit le plus large, le plus accueillant que je connaisse. Il a toujours une parole d'amitié pour les jeunes, un mot d'espoir pour encourager les hésitants débuts.

      La vie de ce poète qui est en même temps romancier, auteur dramatique, journaliste, homme politique, est un véritable roman, un roman où la tragédie s'allie au merveilleux et à la comédie.

      Clovis HUGUES est né le 3 novembre 1851 à Minerbes (Vaucluse). Son père était meunier et... l'est encore, toujours au même moulin. L'enfance du futur poète fut bercée par le chant des sources, le murmure de l'eau faisant tourner le moulin.

      Tout jeune, Clovis HUGUES manifesta des sentiments religieux très mystiques. Il rêvait la gloire apostolique des missionnaires. Mais ce qu'il rêvait surtout, c'était de détrôner saint Louis de Gonzague.

      Toute la famille partit pour Marseille  sur les instances de l'abbé Truchet, Clovis HUGUES... prit la soutane. Mais la lecture des journaux : La Lanterne, qui venait de paraître  L'Ami du Peuple, publié sous la direction de M. Royaunez, qui devait être plus tard son beau-père, tout cela ébranla sa foi  il douta et, semblable à Montaigne, il doute encore. Au bout de trois mois, il quitta la robe pour courir après celle des séduisantes Marseillaises. Il avait alors seize ans et demi.

      À Marseille, les parents de Clovis HUGUES furent en proie à une gêne profonde, — la mère gagnait douze sous par jour en travaillant à la confection de chemises  détail que devait rappeler, plus tard, à la tribune, le brillant orateur, en parlant de la crise sociale.

      Peu de temps après, Clovis HUGUES entra comme commis chez un courtier de commerce, pour ramasser les échantillons de blé autour de la Bourse. Besogne qui lui fut payée 20 francs par mois.

      Un jour, CLOVIS HUGUES apprend que l'on demandait un garçon de bureau au journal Le Peuple  il se présente, est accepté. Il s'acquittait avec zèle de ses nouvelles fonctions lorsque le rédacteur en chef apprend que Clovis HUGUES fait des vers  il lui commande un article pour le lendemain. Le garçon de bureau pose son plumeau, prend une plume, écrit une chronique étincelante et... sur le champ, est attaché au journal en qualité de rédacteur avec des appointements fort honorables.

      C'est d'alors que date la vie agitée de Clovis HUGUES  il prenait part à toutes les réunions, parlait dans les assemblées, et était acclamé comme un triomphateur, comme un poète. La Commune éclate  elle est proclamée à Marseille le 23 mars. Clovis HUGUES prend part au mouvement communiste  mais le 5 septembre 1871, il est arrêté pour un article publié dans le Vrai Marseillais. Enfermé avec Gaston Crémieux, Pollio, etc., Clovis HUGUES reste quatre ans en prison et en visite sept ou huit pendant sa détention. Il est libéré de la prison de Tours. Il revient alors à Marseille, écrit à l'Égalité, la Petite Muse, fonde la Jeune République. Il se marie civilement avec une petite amie d'enfance, qui lui avait écrit pendant sa longue captivité.

      M. Daime, sous le pseudonyme de Désiré Mordant, publie un article contre la femme mariée sans prêtre. Violente polémique entre Clovis HUGUES et M. Daime : duel  M. Daime est tué. Clovis HUGUES s'exile alors en Italie  cinq jours avant les assises, il vient se constituer prisonnier  il est acquitté. Pendant l'exil de Clovis HUGUES, Raspail était mort  Clovis HUGUES se présenta à la députation, il échoua pour cent voix.

      Il vint alors s'établir à Paris et collabora à la Lune Rousse, avec Gill  au Mot d'Ordre, à la Vérité. Nommé député en 1881, réélu en 1885, et en 1893 prit la parole à la Chambre dans les questions sociales. Grands succès d'orateur  plusieurs de ses discours sont restés célèbres.

      Clovis HUGUES a publié plusieurs volumes de vers : les Soirs de Bataille (1882)  les Jours de Combat (1883)  les Évocations (1885)  il a fait représenter le Sommeil de Danton, drame en cinq actes en vers  il a également fait paraître deux romans : Madame Phaéton et Monsieur le Gendarme. Collabore actuellement à plusieurs journaux.

      Ce qu'on ne peut ni dire, ni rendre, c'est la verve et l'esprit dont Clovis HUGUES est pétri. Les yeux rayonnent de vie et de malice au milieu de la figure ennuagée par des cheveux épais, longs, touffus  la bouche dit la bonté. La bonté est la qualité dominante de cet exquis poète, de ce sentimental qui est un fort, qui est un crâne, quand sonne l'heure du combat pour le triomphe du Bien et du Beau !

Joseph Uzanne, Figures contemporaines, Album Mariani, 1894





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