• Le vrai René

Les Pages savantes


Divagaisons



"Le Savoir est à l’Ignorance ce que l’Aigle royale est à la Drosophile honteuse."

SIPHON d’ELLÉBORE, Zoométrique fondamentale, 666,5 av. J.C.



Tout le monde a entendu louer la prestigieuse nouvelle pieusement attribuée au formidable Chateaubriand, qui raconte les malheurs d’un jeune homme parti en Amérique sur les traces hasardeuses de Montaigne et de la reine Catherine.

C’est à René, bien sûr, que je renvoie ici. Ou plutôt, à la version autorisée de cette nouvelle, que les professeurs peuvent sans risque étudier dans leurs classes. Le style en est soigné, la fable ingénieuse, les personnages honnêtes.

Il existe une autre version de René, moins connue, certes, mais plus authentique et, en tout cas, originale.

On la doit non au grand homme lui-même, mais à sa sœur, qui la rédigea d’une traite, par une nuit d’orage, après avoir lu dans un journal la confession du berger sarde qui est le véritable héros de l’Analysons brièvement cette histoire. Un berger de Sardaigne a reçu en naissant une sœur jumelle à laquelle il ressemble tellement que leurs brebis elles-mêmes s’y trompent. Elles s'y trompent d’autant plus qu’on a donné à la sœur comme au frère le même nom de Fafalù. Situation équivoque. Complications inévitables au bal du samedi soir sur la place du village. Drames répétés chaque fois que le vaguemestre en tournée crie : « Fafalù ! » par-dessus la barrière de la métairie. Pour en finir, Fafalù décide de se faire appeler René. Il quitte son pays, va vivre en France, s’engage dans l’armée de Bonaparte, fait la campagne d’Égypte, tue cent soixante-douze Mameluks, qui sont les Bolchéviques de l’époque. Revenu en France, il se lie d’amitié avec la fille d’un marchand de sable qu’il a connu en Égypte. Bientôt l’amitié se change en amour. Fafalù se déclare, la fille du marchand de sable accepte de l’épouser, et tout finirait au mieux si Fafalù ne s’apercevait pendant la nuit de noces qu’il s’est confondu avec sa sœur en quittant son pays natal. Désespéré, il s’embarque pour la Louisiane, entre au couvent, devient abbesse et meurt en odeur de sainteté..

À y regarder de près, le sujet de cette nouvelle témoigne d'une réflexion approfondie sur la condition de l’homme moderne dans l’acception la plus véridique du mot « homme ». Pourquoi moderne ? Chateaubriand s’en est expliqué dans une note additive au prestigieux Génie du Christianisme, qui n'est pas le moindre de ses ouvrages.

Cette note n’a jamais été publiée dans les éditions officielles. On peut la lire, fort heureusement, dans La Tribune de Morlaix et de ses proches Environs, numéro spécial daté du 13 janvier 1893. Nous y renvoyons le lecteur.

Concluons, puisque il est temps. René, c’est nous, même si nous nous appelons Rodolphe ou Saturnin.





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