• Le jeune Nerval

Les Pages savantes


Divagaisons



"Le Savoir est à l’Ignorance ce que l’Aigle royale est à la Drosophile honteuse."

SIPHON d’ELLÉBORE, Zoométrique fondamentale, 666,5 av. J.C.



Gérard de Nerval qui, dans sa jeunesse, se nommait tout au plus Labrunie, avait un oncle vivant à Mortefontaine. Il y passait souvent d’agréables vacances, durant lesquelles il s’instruisait en matière d’oisellerie et de labours.

Son oncle n’était pas laboureur. Ni marin. Ni pistolero. On ne sache pas qu’il ait composé une seule pièce de vers, et personne n’y trouve à redire. Gérard, lui, composait des vers à foison dans sa tête. Quant à les mettre par écrit, il s’en croyait parfaitement incapable. Il avait besoin qu’une brave paysanne du pays l’aidât à y voir un peu clair, et la tâche n’était pas facile.

Tous les matins, Sylvie (c’était le nom de cette paysanne) entrait dans la chambre du garçon, ouvrait les rideaux, tapait des mains, lançait d’une voix bien cuivrée : « Debout, mon Sieur ! J’avons encore à traiter votre affaire ! »

Une autre paysanne, du nom d’Aurélia, accompagnait parfois Sylvie.

Une autre paysanne, du nom d’Adrienne, accompagnait parfois Aurélia et Sylvie.

C’était parfois le village tout entier qui s’en venait tirer Gérard du lit. Les gens s’asseyaient où ils pouvaient, sur le rebord de la fenêtre, sur la commode, sur le coffre à linge, à même le sol. Gérard levait à demi les paupières, arrondissait les lèvres, allongeait le cou. Les gens disaient : « Faut voir à se taire, il va parler. » Venait ce qui venait. Sylvie notait tout, triait, ôtait le superflu. On s’étonnant souvent du Tous ces détails sont tirés des Souvenirs incertains que Gérard de Nerval dicta au curé de Mortefontaine avant de s’embarquer pour les Antipodes. Sylvie, Aurélia, Adrienne, d’autres encore se jetèrent vainement à l’eau pour tenter de retenir la nacelle..

Ainsi naissent certains chefs-d’œuvre rustiques marqués au coin de l’authenticité campagnarde.

Quand il n’était pas en vacances, Gérard errait dans les rues de Paris en fredonnant des motets argentins et des cantates serbes. Pourquoi serbes ? Le mystère n’a jamais été éclairci.





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