• Rimbaud ou la Révolution dans l'art

Les Pages savantes


Divagaisons



"Le Savoir est à l’Ignorance ce que l’Aigle royale est à la Drosophile honteuse."

SIPHON d’ELLÉBORE, Zoométrique fondamentale, 666,5 av. J.C.



Le poète Rimbaud, que les francs amis de l’époque nommaient sans ménagement la fauvette ardennaise, ou bien la bonne guiguitte, ou encore la mumuse à Paulo, le poète Rimbaud, dis-je, passe pour avoir été un débauché, un cynique, un fou. La vérité est plus simple et plus émouvante : Rimbaud était bègue. D’où les consonances inattendues qu’on trouve dans ses vers, et l’effet pathétique qui en résulte souvent.

Rimbaud n’avait pas dix ans quand il composa À titre d’exemple, citons la première strophe d’un poème qui s’intitule Mes petits oiseaux :

J’ai-j’ai-j’ai rêvé-vé
D’un-d’un petit-tit oi-
Oiseau-seau-seau-
Seau bleu,
Et-et d’un-d’un
Autre rouge,
Et-et-et enco-co-core
Un v-vert.
. Il renouvelait pourtant la poésie française si profondément qu’après lui personne n’oserait plus se parer du laurier d’Apollon. Le jour de sa première communion, il composa une Ode à m-mon aube qui ne fit que confirmer son génie. Le jour où, pour la première fois, il vit une locomotive, il décida de se faire C'est le nom qu'on donnait alors à ceux qui gardaient les passages à niveau. Traverser la voie en calèche se disait passer la trappe ou à la trappe.. Plus tard, il rencontra Paul Verlaine qui lui enseigna l’art de placer l’accent aigu aux bons endroits du vers. Rimbaud se mit à l’ouvrage. En deux semaines seulement, il rédigea de la main gauche ses glorieuses Illuminations sans jamais employer ni l’accent grave, ni le circonflexe.

Cette heureuse période de sa vie devait s’achever, malheureusement, par Paul Verlaine, effrayé par la facilité de son disciple qui commençait maintenant à écrire ses poèmes jusque sur le plafond de la chambre, et sans ouvrir les yeux, voulut se séparer de lui. Après une explication tumultueuse, il sortit en claquant la porte. Le disciple se lança à la poursuite du maître dans l’escalier, tenta de l’attraper au lasso, manqua sa cible et étrangla le concierge qui venait apporter le courrier. qui contraignit Rimbaud à quitter la France.

Il se réfugia dans le maquis corse, où il fonda le C.I.L.C.M.T-t. (Comité International de Lutte Contre la Mouche Tsé-tsé), puis disparut dans les couloirs d’un hôpital de Marseille, où il était venu clandestinement se faire guérir d’un compère-loriot que des terroristes kryptochristopolitains lui avaient greffé sur la langue.

On doit à Rimbaud d’avoir complètement renouvelé la poésie française, disions-nous. Et nous n’avions pas tort. Désormais, qui peut prétendre encore que les mots mis en vers ont le sens qu’on croit ? Qui croit même qu’ils ont un sens ?

Pas nous.

Rimbaud l’a démontré. Après lui dans nos cieux monte une aube nouvelle.





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