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Charles DOVALLE, Le Sylphe

Poésies de feu Charles Dovalle, 1830



Lenis aura
Ovid.

L'aile ternie et de rosée humide,
Sylphe inconnu, parmi les fleurs couché,
Sous une feuille, invisible et timide,
J'aime à rester caché.

Le vent du soir me berce dans les roses ;
Mais quand la nuit abandonne les cieux,
Au jour ardent mes paupières sont closes :
Le jour blesse mes yeux.

Pauvre lutin, papillon éphémère,
Ma vie, à moi, c'est mon obscurité.
Moi, bien souvent, je dis : « C'est le mystère
« Qui fait la volupté ! »

Et je m'endors dans les palais magiques,
Que ma baguette élève au fond des bois,
Et dans l'azur des pâles véroniques
Je laisse errer mes doigts.

Quand tout-à-coup l'éclatante fanfare
À mon oreille annonce le chasseur,
Dans les rameaux mon faible vol s'égare,
Et je tremble de peur.

Mais si, parfois, jeune, rêveuse et belle,
Vient une femme, à l'heure où le jour fuit,
Avec la brise, amoureux, autour d'elle
Je voltige sans bruit.

J'aime à glisser, aux rayons d'une étoile,
Entre les cils qui bordent ses doux yeux ;
J'aime à jouer dans les plis de son voile
Et dans ses longs cheveux.

Sur son beau sein quand son bouquet s'effeuille,
Quand à la tige elle arrache un bouton,
J'aime surtout à voler une feuille
Pour y tracer mon nom...

Oh ! respectez mes jeux et ma faiblesse,
Vous qui savez le secret de mon cœur !
Oh ! laissez-moi, pour unique richesse,
De l'eau dans une fleur.

L'air frais du soir ; au bois, une humble couche ;
Un arbre vert pour me garder du jour...
Le sylphe, après, ne voudra qu'une bouche
Pour y mourir d'amour !




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