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Cécile SAUVAGE

1883-1927



Profil

La poésie de Cécile SAUVAGE est vouée au bonheur, aux joies de la maternité et à la simplicité de la nature. Née en 1883 à La Roche-sur-Yon, cette digne émule de Marceline Desbordes-Valmore éleva ses enfants, dont son fils, le musicien Olivier Messiaen, dans un contexte féerique. C'est une poésie incarnée, touchante par sa simplicité et sa nudité, qui dit l'essentiel. Son œuvre fut saluée notamment par Henri Pourrat.

Notice publiée sur le site Babelio

Corpus

Lait de la poésie

Cécile Sauvage portait à merveille son nom.

Femme ardente, aimante et sauvage, son passage sur terre fut de courte durée : elle s’éteignit comme une luciole qui aura intensément brûlée [sic] pendant seulement une quarantaine d’années.

Dans son ventre de femme, Cécile Sauvage ne portait pas seulement Olivier Messiaen, celui qui était appelé à être le futur compositeur grandiose de Quatuor pour la fin du temps ; elle portait également un fruit doux et amer : la Poésie.

Ce fruit, elle l’a cultivé toute sa vie. Elle a vécu pleinement dans le giron des mots : ces signes d’encre qui lui ont permis de rendre son expérience du monde avec une troublante lucidité.

Tandis que son fils compositeur germinait dans sa matrice de lumière, il pouvait déjà entendre le chant d’une mélodie majestueuse et fragile : la voix de sa mère qui écrivait pour cet enfant à venir, L’Âme en bourgeon, recueil teinté de si déchirants poèmes.

Avant que d’accoucher physiquement, elle accouchait déjà sur le plan symbolique d’une œuvre claire et fiévreuse, tout imprégnée du chant des oiseaux, du rythme cyclique de la terre.

Je l’imagine, échevelée et calme, pareille à une fontaine dont l’eau jaillirait parfois dans un grand rire de cristal.

Plus tard, Olivier Messiaen – son « chevalier rose » ainsi qu’il s’était lui-même surnommé enfant –, aura tété ce sein gonflé de Poésie. Il a pu ainsi se nourrir d’une musique secrète et tendre : la musique de l’âme humaine, toute enclose en sa mère.

Cécile Sauvage, renarde chasseresse et chantante mésange, fut reconnue par certains de ses pairs, tels que Frédéric Mistral, Anna de Noailles ou encore Francis Jammes.

Son journal intime – qui clôt ses Oeuvres complètes –, est un précieux témoignage et nous livre des réflexions pleines d’humour et de finesse :

« … Pour les hommes, une femme, mon Dieu, c’est toujours une cigarette entre leurs doigts ; ils la roulent, l’emmaillotent, la fument. Et je réponds oui, mais la fumée leur échappe… »

Peu de temps avant de déchirer le voile de la mort, elle écrivait ces mots dans son journal :

« Au moment de la mort, il faut beaucoup de soleil. Il faut partir en croyant à l’amour comme à la lumière. »

Georges Bernanos, lion des lettres dont l’œil était puissamment aiguisé, dira d’elle ceci dans Le Crépuscule des vieux :

« L’œuvre de Cécile Sauvage est pure. Mais d’une pureté vivante, pure comme une vie pure, avec on ne sait quelle douce malice agreste, et parfois, tout à coup, le brusque écart d’une ombrageuse fierté… Si la pureté sait nous faire partager inexplicablement son allégresse, c’est qu’elle n’est justement pas, ainsi qu’on voudrait le prétendre, l’ignorance éblouie, sans art, mais au contraire une certaine expérience profonde de la vie, dont les plus vils sentent obscurément la force essentielle… »

Pour finir, voici un poème de Cécile Sauvage, intitulé La tête. Il faut toujours laisser la dernière parole aux poètes :

« Ô mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main,
Je dirai : j’ai pétri ce petit monde humain ;
Sous ce front dont la courbe est une aurore étroite
J’ai logé l’univers rajeuni qui miroite
Et qui lave d’azur les chagrins pluvieux.
Je dirai : j’ai donné cette flamme à ces yeux,
J’ai tiré du sourire ambigu de la lune,
Des reflets de la mer, du velours de la prune
Ces deux astres naïfs ouverts sur l’infini.
Je dirai : j’ai formé cette joue et ce nid
De la bouche où l’oiseau de la voix se démène ;
C’est mon œuvre, ce monde avec sa face humaine.

Ô mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main
Et, songeant que le jour monte, brille et s’éteint,
Je verrai sous tes chairs soyeuses et vermeilles
Couvertes d’un pétale à tromper les abeilles,
Je verrai s’enfoncer les orbites en creux,
L’ossature du nez offrir ses trous ombreux,
Les dents rire sur la mâchoire dévastée

Et ta tête de mort, c’est moi qui l’ai sculptée. »

© Thibault Marconnet, dans son blog intitulé Le Sémaphore

19/12/2013




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