Marceline DESBORDES-VALMORE, Les Roses

Idylles, 1819-1833
















Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
Et de ses doux présents embaumait nos vergers.
Ô ma mère ! On eût dit qu'une fête aux campagnes,
Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas;
On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.
J'écoutais, j'entendais couler, parmi les roses,
Le ruisseau qui, baignant leurs couronnes écloses,
Oppose un voile humide aux brûlantes chaleurs;
Et moi, cherchant le frais sur la mousse et les fleurs,

Et j'avais vu Daphnis passer avec son père.

Envelopper mon âme et mes yeux d'un nuage,

En vain pour m'éveiller mes compagnes chéries,

Auraient fait de mon nom retentir les prairies;
J'aurais dit : "Non ! Je dors, je veux dormir ! Dansez !"
Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire;
Des songes prêts à fuir je retenais l'essor;
Mais las de voltiger, (ma mère, j'en soupire,)
Ils disparurent tous; un seul me trouble encor,
Un seul. Je vis Daphnis franchissant la clairière;
Son ombre s'approcha de mon sein palpitant :.

Doucement, doucement, il m'appela deux fois;

Je sentis sur ma bouche une rose brûlante,


Daphnis, qui chaque soir passait avec son père,
Daphnis me suit partout pensif et curieux :
Ô ma mère ! Il a vu mon rêve dans mes yeux !





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