Charles-Marie LECONTE de LISLE, La mort de Penthée

Poèmes antiques, 1852-1891






Agavé, dont la joue est rose, Autonoé
Avec la belle Inô, ceintes de verts acanthes,
Menaient trois chœurs dansants d'ascétiques Bacchantes
Sur l'âpre KythairônKythairôn. - Cythéron. Montagne de Grèce, associée à de nombreuses légendes (Actéon, Héraclès, Œdipe, Penthée). Un des premiers lieux où s'instaura le culte de Dionysos. aux Mystères voué.
Elles allaient, cueillant les bourgeons des vieux chênes,
L'asphodèle, et le lierre aux ceps noirs enroulé,
Et bâtissaient, unis par ces légères chaînes,
Neuf autels pour BakkhosBakkhos. - Bacchus, autrement dit Dionysos.
"Sémélè la Cadméenne enfanta pour lui [Zeus] un fils superbe (ils avaient fait l'amour), Dionysos qui donne toute joie."
(Hésiode, Théogonie).
et trois pour SéméléSémélé. - Aimée de Zeus, elle conçoit de lui Dionysos. Victime de la jalousie d'Héra, elle contraint Zeus à lui apparaître dans toute sa gloire et elle est foudroyée. Plus tard, Dionysos la soustrait aux enfers et l'emmène au ciel..
Puis, elles y plaçaient, selon l'ordre et le rite,
Le Grain générateur et le mystique Van,
Du Dieu qu'elles aimaient la coupe favorite,
La peau du léopard et le thyrse d'Évan.

Dans un lentisque épais, par l'étroit orifice
Du feuillage, PenthéePenthée. - Petit-fils de Cadmus, comme Actéon, il refuse d'adorer Bacchus dont le culte vient d'être institué. Il est mis en pièces par sa mère Agavé et ses tantes Ino et Autonoé, à qui Bacchus inspire un délire furieux. observait tout cela.
Autonoé le vit la première, et hurla,
Bouleversant du pied l'apprêt du sacrifice.
Le profane aussitôt s'enfuit épouvanté ;
Mais les femmes, nouant leurs longues draperies,
Bondissaient après lui, pareilles aux Furies,
La chevelure éparse et l'œil ensanglanté.
— D'où vient que la fureur en vos regards éclate,
Ô femmes ? criait-il ; pourquoi me suivre ainsi ? —
Et de l'ongle et des dents toutes trois l'ont saisi :
L'une arrache du coup l'épaule et l'omoplate ;
Agavé frappe au cœur le fils qui lui fut cher ;
Inô coupe la tête ; et, vers le soir, dans Thèbe,
Ayant chassé cette âme au plus noir de l'ÉrèbeÉrèbe. - Personnification des ténèbres infernales, fils de Chaos et frère de la Nuit.,
Elles rentraient, traînant quelques lambeaux de chair.

Malheur à l'insensé que le désir consume
De toucher à l'autel de la main ou des yeux !
Qu'il soit comme un bouc vil sous le couteau qui fume,
Étant né pour ramper, non pour chanter les Dieux !





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