Philippe DESPORTES, "L'aspre fureur de mon mal vehement..."

Diane, Livre premier, Sonnet XX, 1574






L'aspre fureur de mon mal vehement
Si hors de moy m'étrange et me retire,
Que je ne sçay si c'est moy qui soupire,
Ny sous quel ciel m'a jecté mon tourment.

Suis-je mort ? Non ; j'ay trop de sentiment.
Je suis trop vif et passible au martire.
Suis-je vivant ? Las ! je ne le puis dire
Loin de vos yeux par qui j'ay mouvement !

Seroit-ce un feu qui me brûle ainsi l'ame ?
Ce n'est point feu : j'eusse esteint toute flame
Par le torrent que mon dueil rend si fort.

Comment, Belleau, faut-il que je l'appelle ?
Ce n'est point feu que ma peine cruelle,
Ce n'est point vie, et si ce n'est point mort.





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