Élisa MERCŒUR, Paysage

Œuvres complètes, 1843






De l'écho la voix inégale
Se tait, et le soleil du soir
Fait tomber, sur l'arbre plus pâle,
Un jour aussi doux que l'espoir.

Le lac, sur l'argent de son voile,
Réfléchit un rivage obscur
Comme un œil des cieux, chaque étoile
Jette son regard dans l'azur.

Au loin fuit une humble nacelle,
Image paisible du sort ;
Je me dis : Nous passons comme elle ;
Comme elle, trouvons-nous un port ?

L'arbre se livre feuille à feuille
À l'onde, frais miroir du temps ;
Hélas ! au passé qui les cueille,
Ainsi nous livrons nos instants.

L'insecte à l'aile de phosphore,
Nocturne flambeau des buissons,
Brille ; et je dis, quand vient l'aurore,
Comme lui nous nous éclipsons.

Nuit du printemps, quand tout repose,
Par degré lorsque tout s'éteint,
Ta fraîcheur commence la rose
Qu'achève un souffle du matin.

Mais voici l'heure où la puissance,
Loin de moi rêve de palais ;
De pensers, d'ombre et de silence,
Je m'enivre, et m'entoure en paix.

Et l'âme à demi consolée
Des tourments que j'ai pu souffrir,
Dans le calme de la vallée,
J'ai de doux songes d'avenir.

(Octobre 1826.)





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