Tristan DERÈME, "Pour goûter au charme unique..."

La Verdure dorée, CXIV, 1925






Pour goûter au charme unique
Qui jaillit de ton baiser,
Diogène le Cynique
Courrait se faire raser.

S'ils savaient ton regard, ivres
Les sages silencieux
Verraient s'ouvrir dans leurs livres
Des pivoines et des yeux.

Et, mordus de quelles fièvres !
Secouant toge ou veston,
Et sautant comme des lièvres,
Ils crieraient : Où la voit-on ?

Dans leurs veines : escarboucles
Liquides et plomb fondu,
Tu les verrais pour tes boucles
Poussant un cri éperdu,

Tous, contemporains d'Ulysse
Et disciples de Bergson,
Se rouler nus, ô délice !
Sur des peaux de hérisson,

Car pour mordre à la grenade
Rouge des désirs ouverts,
Ils oublieraient la monade,
Le noumène et l'Univers.

Ah ! vivons ! La page écrite
Ne vaut pas les lèvres qu'on
Mord ! Vers l'amour ! Démocrite,
Spinoza, Hegel, Bacon,

M. Durkheim, Xénophane,
Vers l'amour, vous chanteriez,
Sans archet ni colophane,
Violons extasiés !

Ah ! que pèsent hypothèses,
Postulats, systèmes, lois ?
Ne faut-il que tu te taises
Ou que tu joignes ta voix

Au grand tumulte des choses,
À l'amour qui fait ployer
Les cigognes et les roses,
La tulipe et l'épervier ?

Viens, et contre moi pressée,
Aux brutes fais-moi pareil
En écrasant ma pensée
Sous la grâce d'un orteil.





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