Nina de VILLARD, Une Russe

Feuillets parisiens, 1885






La petite princesse est un peu fantaisiste ;
ElIe parcourt le globe, ajoutant à sa liste
Des chanteurs, des banquiers, des sculpteurs et des lords,
Elle est chercheuse et va quittant, sans nuls remords,
Le galant trop connu, la toilette trop vue.
Dans son esprit fantasque elle passe en revue
Les chemins parcourus et les cœurs captivés ;
Le soir, lisant le nom des nouveaux arrivés
Dans le pays où, reine, elle a posé sa tente :
"Seront-ils gais," dit-elle avec une voix lente ?
Mais ils ne le sont pas, il faut recommencer,
Fumer des phereslys très forts et puis valser
Dans tous les casinos, de Monte-Carle à Vienne,
En traînant son mouchoir partout, quoi qu'il advienne.
Scherzi de Rubinstein, gavottes du vieux Bach
L'occupent un moment, après quoi vient le bac
Et les enivrements fiévreux de la roulette.
Elle dit : "Maximum !" et, de sa main coquette,
Où d'une claire opale apparaît la lueur,
Elle pousse un rouleau vers le croupier rêveur,
Que trouble son accent gentiment moscovite ;
Elle gagne, elle perd, et, riant, court bien vite
À d'autres jeux pervers. Elle rentre au boudoir,
Nid soyeux, clair, meublé sur des tapis d'ours noir,
Surchauffé, capiteux, plein d'un parfum étrange,
Où l'odeur de fourrure aux roses se mélange ;
Alors sur un divan étirant ses beaux bras,
Sa bouche rose bâille et murmure tout bas :
"Puisque rien ne me plaît, le gommeux ni l'artiste,
"Doushka, j'essaierai donc d'être un peu nihiliste !"





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