Remy BELLEAU, "Ha, je vous prie, mes yeux..."

Baisers, Œuvres complètes de Remy Belleau, Tome II, réed. 1867






Ha, je vous prie, mes yeux, soyez-moi si courtois
De me fournir de pleurs, n’épargnez la fontaine
Qui ne tarit jamais de l’humeur de ma peine,
Soyez-m’en libéraux, au moins à cette fois !

Je sens une douleur qui m’étoupe la voix,
Qui me glace le sang et retient mon haleine,
Je vois déjà la mort cruelle qui me mène
Où les simples bergers sont grands comme les rois.

Cette douleur me vient d’une jalouse envie
Que j’ai de voir, absent, les grâces de ma vie
Avant que de mourir, et de baiser encor

L’ivoire blanchissant de sa chaste poitrine,
De voir ses yeux, sa main, et sa marche divine,
Puis en baisant mourir dessus ses lèvres d’or.





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